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07/04/2005 - Psychiatrie : éviter le tout-sécuritaire

Ouest-France - 07/04/2005

ll y a trois mois le drame de Pau révélait les difficultés des hôpitaux

Il y a trois mois, le drame de Pau. Deux infirmières victimes d'un malade mental. Hier à Paris, 200 spécialistes en psychiatrie étaient réunis pour parler de sécurité. À l'hôpital et à l'extérieur. Sans tomber dans l'obsession du " tout-sécuritaire ".

L'horrible drame de Pau a remué l'opinion, soulevé des peurs et des fantasmes. Dans les villes dotées d'un hôpital psychiatrique, on a vu des maires inquiets. L'hôpital est-il sûr ? Faut-il y installer des caméras, engager des vigiles, le relier à la police ? Y a t-il trop de malades mentaux en liberté ? " Le souci de la sécurité est légitime, a expliqué, hier, Gino Necchi, le président du centre international des sciences criminelles et pénales. Mais, attention, il ne doit pas devenir obsessionnel. "

L'hypermédiatisation du drame de Pau fait craindre aux psychiatres " une carcéralisation " de leurs établissements. Un retour aux prisons psychiatriques. La peur primerait sur la qualité des soins. Les responsables des établissements vivraient dans l'obsession des poursuites pénales pour mise en danger d'autrui.

Société moins tolérante

Personne ne conteste qu'il y ait crise dans la psychiatrie française. Alain Pidolle, le président de l'Association nationale des psychiatres, en dresse le tableau. " Il y a de plus en plus de patients. Le nombre de lits a diminué. Les durées de séjours sont écourtées et nous manquons de psychiatres. " Conclusion : " On fait de l'abattage. " Le suivi des patients hors de l'hôpital est insuffisant. On manque de centres d'accueil thérapeutiques et de places en hôpital de jour.

Chaque année, plus de 550 000 personnes sont admises en psychiatrie. 72 000 le sont sous contrainte, par décision d'un maire ou d'un préfet, après avis des médecins. Ce chiffre a doublé en dix ans, avec des écarts considérables d'un département à l'autre. Pourquoi ? " Sans doute, notre société est-elle moins tolérante, plus dure. Le contexte social est aussi plus dégradé. "

Si la violence n'est pas rare en psychiatrie, elle peut être médicalement maîtrisée. Les équipes soignantes affirment toutefois être sous pression. " La violence, raconte Annie Hélary, infirmière à l'hôpital Charcot de Caudan (Morbihan), autrefois on la prenait à bras le corps. On ne sait plus le faire. " La formation spécifique au métier d'infirmier psychiatrique a disparu. " Tout s'est délité dans le tout généraliste. "

Finie la formation sur le tas. Même la transmission des consignes entre équipes soignantes, dit-elle, est devenue un luxe. " Les équipes sont en sous-effectifs. Elles sont accaparées par la gestion du quotidien, occupées à éviter le pire, en étant peu ou pas formées... "

Systèmes d'alerte


Le malaise psychiatrique est aussi dans la rue et dans les familles. " 5 % des patients sont dans les hôpitaux et 95 % dans la cité. Qui s'en occupe ? Les proches ", rappelle Jean Canneva qui préside l'Union des familles de malades. Elles sont en première ligne face aux troubles du comportement. Et elles se disent bien seules.

En France, la police n'intervient que si un acte dangereux a été commis. Les services psychiatriques refusent de jouer aux policiers. Les Samu ne veulent pas intervenir. La justice n'est pas concernée et les experts psychiatres (distincts des soignants) sont une espèce en voie de disparition. " Pourtant, assure Jean Canneva, on sait quand notre malade va mal. Il s'isole, arrête ses médicaments. Certains passent à la drogue. C'était le cas à Pau. "

Au Québec, pays pionnier dans ce domaine, des systèmes d'alerte et de suivi ont été mis en place. La France devrait s'en inspirer.

Bernard LE SOLLEU.

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