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05/02/2002 - Suicide : aider les familles endeuillées

Ouest-France - 05/02/2002

Une unité d'accompagnement créée expérimentalement à Lanester

Ce mardi 5 février a été déclaré Journée nationale du suicide. En Bretagne, le nombre de suicides est le double de la moyenne nationale. Pour aider les proches à surmonter leur deuil, une unité d'accompagnement expérimentale vient d'ouvrir à Lanester.

Ils sont cinq soignants : un psychiatre, le Dr Jean-Claude Soudan ; deux psychologues, Isabelle Liblin et Aude Sacchi ; deux infirmières, Marie-Noëlle Le Ludec et Yolande Le Sciellour. Avec Régine Le Gouariguer, la secrétaire, ils constituent l'unité d'accompagnement des personnes et des familles endeuillées.
Cette petite structure a ouvert en novembre au centre Louis Le Guillant de Lanester.

Elle a été créée par le centre hospitalier Charcot, à l'initiative du Dr Jean Daumer, qui avait lancé l'idée dès 1995. La DDASS, la Caisse primaire d'assurance maladie, la Mutualité du Morbihan et la Ville de Lorient soutiennent cette expérience, unique en Bretagne. Mais au fait, pourquoi s'intéresser ainsi aux familles de suicidés ?

« Quand une personne se suicide, on évalue à sept le nombre des proches pour qui existe un risque de même nature, répond le Dr Daumer. Et c'est un risque fort, supérieur de 8 à 9 fois à la moyenne générale. En France, il y a 150 000 tentatives de suicide par an et 12 000 à 13 000 suicidés reconnus comme tels. En Bretagne, 12 000 tentatives et 900 à 1 000 décès, soit le double de la moyenne nationale. Depuis 1975, avec au moins 25 000 morts, cela signifie 175 000 personnes à haut risque sur les quatre départements. »

Éviter que la douleur s'enkyste

Lutter contre ce risque, aider les proches à faire leur deuil, c'est aujourd'hui une priorité. « Avec l'unité d'accompagnement, on change les règles, dit Jean Daumer.

D'habitude, les soignants reçoivent les patients. Ici, c'est le contraire. On va vers les familles, avec l'appui des professionnels de premier contact : urgentistes, médecins de famille, travailleurs sociaux. Nous proposons nos services à des gens qui ne les auraient pas sollicités. »

Pour le Dr Soudan, qu'il s'agisse d'un suicide ou d'une mort violente, « il ne faut pas laisser le groupe familial, durement frappé, s'enfermer dans la solitude. Agir rapidement, amener les gens à parler de l'événement, c'est éviter que leur douleur s'enkyste.

Sur des deuils anciens, et sur la représentation du monde qui en découle, il est toujours possible d'agir. Mais il faut offrir aux gens le type d'accompagnement qui correspond à leur histoire. Ils se sentent coupables.

En même temps, vis-à-vis de la société, ils ont honte. Alors, il faut prendre le temps du deuil, six mois, deux ans, voire plus. »

En trois mois, une trentaine de cas ont fait l'objet d'au moins une rencontre. L'unité fonctionne par le bouche à oreille.

Elle n'est pas là pour soigner, mais pour aider. Ce n'est pas habituel. Comme le fait remarquer Mme Le Sciellour, « Ils nous disent : on n'est pas malades, même si on souffre. »

L'unité d'aide est là pour que cette souffrance ne bascule pas dans la maladie ou dans la mort.

Yann LUKAS.

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